15 avril 2008

Olivier puis Fourniret sur le grill

Olivier_reuters C'est à 19h que le président Latapie a mis fin à l'interminable audience de ce mardi. Une audience clôturée par un interrogatoire serré des deux accusés. En vain.

"Aimez-vous vos enfants monsieur Fourniret?" a tonné l'avocat Paul Lombard, du haut de ses 80 ans les mains tremblantes sur le micro. "Je suis au soir de ma vie et vous au crépuscule de la votre, je ne vous poserai qu'une question. C'est probablement la dernière fois qu'on vous fera ce cadeau. Mais prouvez qu'il vous reste encore un rien d'humanité... Aimez-vous vos enfants, monsieur Fourniret?"

"Deux de vos fils sont morts, une de vos jumelles s'est suicidée mais l'autre a dit: notre père nous aimait. Mais vous Fourniret, aimez-vous vos enfants? Si vous les aimez, dites-le et sortez de vôtre solitude terrifiante."

Mais face au vieil avocat aux cheveux blancs, le tueur se lève et là où Maître Lombard disait à Fourniret qu'il ne rate pas sa sortie, l'assassin d'Elisabeth Brichet s'est contenté de rester sur sa position. Il n'a pas su se dresser à la hauteur de son interlocuteur. Fourniret a répété une fois encore son "non" au procès, aux victimes, à tout ce qui l'entoure.

Avant Paul Lombard, c'est le président Gilles Latapie, lui-même, qui a tenté une nouvelle fois de venir à bout du silence de Fourniret. Le magistrat a répété à l'accusé: "le ridicule de votre position. Cela ne mène à rien".

Gilles Latapie a ensuite fait référence aux extraits vidéo de ce matin: "On vous a vu pleurer Michel Fourniret. Votre silence a-t-il encore un sens?"

Et le tueur de rétorquer: "A mon sens, ça a toujours du sens", provoquant ainsi l'énervement ou les moqueries de quelques spectateurs.

Marie-Noëlle Bouzet brandit les photos de sa fille

Le président avait auparavant interrogé Monique Olivier sur divers points clés:

"Vous souvenez-vous pourquoi Michel Fourniret s'est intéressé à la petite Elisabeth?". "C'était la silhouette qu'il aimait. Son rêve. Son fantasme. Petite, blonde, mignonne"

Et pour le passage de la frontière? "Je maintiens ce que j'ai dit. Je n'ai pas d'ordre à lui donner. Il avait ses plans dans sa tête".

La toilette intime? "Je l'ai fait car il voulait que je le fasse". Mais était-elle consciente? "Peut-être m'a-t-elle demandé de l'aider".

Et comment avez-vous appris sa mort? "Il m'a dit que c'était terminé et que je devais éviter le congélateur".

Combien d'appels au secours

Maître Lombard a également demandé à Monique Olivier des explications sur son rôle. "Monique Olivier, combien avez-vous entendu d'appels au secours?" Elle hésite avant de répondre. Puis lâche: "c'est horrible mais je le reconnais. j'ai fort honte". Paul Lombard insiste, lui demande: combien? Et l'épouse du tueur reconnaît qu'Elisabeth l'a appelée à l'aide dans la voiture, pendant la toilette intime puis quand Fourniret essayait de la violer.

Les parties civiles se succèdent face à Monique Olivier. L'avocat général la questionne à son tour. La femme répond des : "je ne sais pas", "j'ai oublié". On la soupçonne de mentir. Elle finit même par refuser de répondre à une question de Maître Chemlat... tandis que sur le banc des familles, Marie-Noëlle Bouzet lui brandit des photos de sa fille Elisabeth.

La journée a été longue au palais de justice de Charleville. Le dossier Brichet était terrible. Il a marqué les esprits comme chacune des affaires Fourniret/Olivier.

Demain, le président Gilles Latapie et tous les acteurs de la cour d'assises des Ardennes ouvriront un nouveau volet d'horreurs, celui relatif à Natacha Danais. 

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe

Reconstitutions de Saint-Servais au Sautou

Le témoignage d'Anne-Catherine Dubé, juge d'instruction du dossier Fourniret, aura duré 2h30. Un moment douloureux.

Après avoir relaté les interrogatoires qu'elle avait mené face à Michel Fourniret et Monique Olivier, Anne-Catherine Dubé a fait diffuser un film retraçant les trois reconstitutions: l'enlèvement à Saint-Servais, la nuit à Floing, les derniers moments au Sautou.

Les reconstitutions détaillées ont montré à la cour le déroulement précis de l'enlèvement à Saint-Servais (banlieue namuroise). Une manière de voir par quelle diabolique volonté, Michel Fourniret avait garé sa voiture des heures durant le long de la chaussée de Waterloo, attendant, en faisant les cents pas, la sortie d'Elisabeth de chez sa copine Vanessa. Puis dans le froid de décembre, comment il a démarré doucement sa voiture pour aller à la rencontre de la jeune fille. Le piège était tendu, Fourniret l'a refermé définitivement en déclenchant discrètement la sécurité enfant au moment où Elisabeth montait dans la Renault 9 pour venir en aide au bébé malade.

Ensuite, c'est dans le misérable pavillon de Floing que nous nous rendons. On y découvre une maison qui ressemble à celle des "trois petits cochons", selon la juge Dubé, qui explique qu'aucun élément solide ne consolide l'habitation. Une disposition qui peut laisser croire que le couple a entendu la petite Elisabeth pleurer durant sa nuit de captivité. Monique Olivier a participé à la reconstitution et notamment montré avec quels gestes précis elle s'était occupée de la toilette intime de sa jeune victime.

Enfin, c'est au domaine du Sautou que la vidéo de la juge d'instruction se termine. Nous découvrons comment Monique Olivier a ouvert la porte à Fourniret puis est repartie s'occuper de son enfant d'un an laissé seul à leur domicile de Floing. Le film se termine par un long plan qui nous fait monter l'escalier qui mène au grenier où Fourniret a forcé Elisabeth Brichet à s'allonger sur un matelas avant de finir par la tuer.

Monique Olivier présente lors du meurtre?

Après l'interminable récit, le président de la cour d'assises Gilles Latapie a posé quelques questions à la juge d'instruction Dubé.

"Ne peut-on pas craindre des problèmes de relecture des faits entre 1989 et 2004? Avons-nous une vision assez objective?" demande-t-il?

"Personne n'invente. Les détails que les accusés nous donnent, nous ne les connaissons pas. Nous ne pouvons donc pas leur souffler".

Ensuite, c'est l'avocat général Francis Nachbarr qui s'est interrogé: "Monique Olivier est au courant de tous les petits détails de la manière dont Fourniret a tué Elisabeth Brichet. Comment cela se peut-il? Peut-être était-elle présente?"

"Mon opinion est que Fourniret lui a raconté en détail même si je me pose aussi la question de savoir pourquoi Monique Olivier a pu raconter certains détails lors de premiers interrogatoires pour les oublier complètement lors des suivants".

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe

"Vous allez m'étouffer"

Anne-Catherine Dubé raconte, en détail, son interrogatoire de Michel Fourniret. Un récit dur à lire ou à entendre.

L'après-midi a repris avec l'exposé des propos de Michel Fourniret par la juge d'instruction. L'audience est dure, choquante... et parmi les spectateurs, présents en nombre une fois encore, on entend de longs soupirs indignés.

Elle raconte: "Je lui ai demandé comment il pouvait avoir roulé à Namur, vers 19h, avec cette enfant terrorisée à bord. Il me répond: elle n'osait pas crier. Elle empoignait les appuie-têtes et suppliait pour qu'on la ramène à sa maison".

Plus loin, elle revient sur l'épisode de la frontière: "Après les tergiversations de Michel Fourniret qui craint de passer la frontière et de rencontrer une patrouille avec la petite Elisabeth à bord. Il hésite à l'abandonner dans un coin et à l'attacher pour ne pas qu'elle s'échappe". Et il dit à la juge d'instruction: "c'est Monique, excédée, qui me dit on y va. Vu ma visible incapacité à prendre une décision à ce moment-là, j'ai suivi son conseil".

De son côté, Monique Olivier a répondu à Anne-Catherine Dubé: "je ne me rappelle pas de cette tergiversation mais ce n'était pas dans son habitude de me demander mon avis , ni mon habitude de le donner".

"L'ennivrer pour la posséder"

Arrivés à Floing, Fourniret, Olivier, leur fils Sélim et Elisabeth rentrent dans la maison. La juge rapporte le récit de Fourniret: "Monique avait des priorités: le repas et le bébé. Je montais Elisabeth dans la chambre d'amis. Je lui donnais plusieurs verres d'alcool style vermouth dans le but de l'ennivrer pour la posséder".

Il essaiera ensuite, sans y parvenir, d'avoir un rapport sexuel avec elle.

"La terreur dans ses yeux"

La juge poursuit en décrivant la dernière matinée d'Elisabeth. "Monique Olivier conduit Fourniret et Elisabeth au Sautou. Là, elle leur ouvre la porte et les laisse seuls. Il n'a pas besoin d'attacher la petite car sa seule présence la calme, m'explique-t-il".

Fourniret tentera à nouveau d'avoir une relation sexuelle avec elle.

Alors la juge explique: "Il a pris un sac plastique transparent et la petite Elisabeth a compris ce qui allait lui arriver. C'est de la terreur qu'il a vu dans ses yeux tandis qu'elle lui disait: Vous allez m'étouffer".

Les dernières paroles de la petite victime de Fourniret que le tueur préférera finalement étrangler de ses deux mains en tenant le sac plastique, explique encore la juge d'instruction, dégoutée elle-même par le défilé d'horreurs de ses propos.

La juge poursuit son exposé en abordant à présent le témoignage de Monique Olivier et les reconstitutions à Saint-Servais, Floing et Sautou.

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe

L'horreur en photos

L'audience reprend cet après-midi avec le témoignage de la juge d'instruction Anne-Catherine Dubé.

Anne-Catherine Dubé va revenir sur son instruction du dossier Fourniret. Elle expliquera le déroulement des reconstitutions à Saint-Servais, Floing et Sautou. La juge prévient: "des images très dures, choquantes seront exposées".

Elle reviendra aussi sur les explications  de Fourniret concernant les sévices sexuels.

La juge d'instruction donnera sa version concernant le rôle de Monique Olivier au moment de l'hésitation de Fourniret avant de passer la frontière avec Elisabeth.

O.D.

Marie-Noëlle Bouzet questionne les tueurs

Bouzet1504_belga_2En fin de séance, la maman d'Elisabeth est intervenue, une nouvelle fois, et a posé ses questions directement à Monique Olivier et Michel Fourniret.

Marie-Noëlle Bouzet est revenue sur le déroulement de la tragique après-midi. Debout et sûre d'elle, la mère fait face à Fourniret et Olivier. Non, Marie-Noëlle Bouzet ne se laissera pas abattre par l'attitude des accusés. Elle se dresse devant eux et d'une voix bien plus forte qu'eux tonne et s'oppose aux monstres qui lui ont gâché la vie depuis 1989.

Elle revient sur la période d'attente de Fourniret et d'Olivier devant la maison de Vanessa Geluck.

"Entre 15h15 ou 15h30 et 19h, il y a 3h30. Etes-vous restés dans votre voiture pendant 3h30 avec votre bébé, votre enfant âgé d'un an? Je vous pose la question Michel Fourniret et à vous Monique Olivier".

Alors, Michel Fourniret se lève pour répondre à la mère de sa victime? Non... bien sûr. L'ogre des Ardennes "maintient sa position" et refuse de parler publiquement.

"Et vous Monique Olivier, vous pouvez répondre" demande le président Gilles Latapie. "Je ne sais pas", souffle-t-elle... presqu'incompréhensible.

Et Marie-Noëlle Bouzet de rétorquer: "Si vous savez. Vous vous êtes dit: il y en a bien une qui sortira... est-ce l'intuition du chasseur? Non, il y a eu repérage d'Elisabeth".

O.D 

Fourniret et Olivier racontent froidement la fin d'Elisabeth

Fourniret1504_belgaaLa cour d'assises des Ardennes vient de regarder les extraits vidéos de divers interrogatoires réalisés par l'enquêteur André Carpentier après les aveux du couple meurtrier en juin 2004.

Le chef de la cellule Brichet, André Carpentier, a exposé à la cour le récit de ses interrogatoires successifs avec Monique Olivier et Michel Fourniret.

Des échanges dans lesquels, les deux accusés livrent leur version des faits. Des propos parfois très douloureux à entendre.

André Carpentier a commencé avec les extraits vidéos relatifs à Monique Olivier. Dans ce premier extrait, on retrouve le visage aux cheveux noirs et gras d'Olivier, au moment de son inculpation. Elle revient d'abord sur les circonstances de l'enlèvement, cachant au départ la présence de leur fils Sélim.

Puis au moment où André Carpentier lui demande de qualifier son rôle dans l'affaire Brichet, de son enlèvement à sa mort, elle répond: "Complice. Je suis une complice forcée. Il m'a fait peur en me disant que puisque j'avais participé à l'enlèvement, j'étais liée et que je serais accusée des mêmes faits que lui. Il m'a piégée".

Monique Olivier explique encore que la petite Elisabeth pleure et implore durant le trajet. "Madame aidez-moi", dit-elle. Et Monique Olivier de dire: "Je ne suis pas intervenue. Cela me faisait mal mais j'avais peur de lui".

Cet après-midi, la juge d'instruction Anne-Catherine Dubé devrait revenir sur un épisode concernant Olivier. Un épisode qui semble lourd de conséquences d'après Maître Arnould, le conseil de Marie-Noëlle Bouzet, qui lisant un extrait du procès verbal, a rappelé: "On ne va pas passer la frontière avec elle. Je vais la laisser ici dans un coin. Je vous reconduis et je viens la rechercher après. Et là Monique me dit, et je suis surpris, "Non, on y va". Elle a influencé ma décision. J'ai suivi son conseil".

Fourniret pleure

André Carpentier a ensuite ouvert le volet Michel Fourniret en montrant plusieurs extraits des interrogatoires de Michel Fourniret. L'homme y explique, froidement, le déroulement de l'après-midi du 20 décembre 1989. Il explique "le processus" comme il dit. "J'ai repéré une silhouette. Elle est rentrée dans une maison [...] J'ai cherché un croisement pour opérer un demi-tour et me garer près de l'habitation. J'ai attendu [...] et regardé les rideaux bouger comme si on jouait à un jeu".

Plus tard. "Elle est sortie. Nous lui avons demandé de l'aide pour le bébé. Elle ne connaissait que son médecin de famille et son dévouement l'a poussée à monter à bord".

Une seule fois Fourniret craque. Pas quand on évoque l'une ou l'autre des horribles étapes menant à la mort d'Elisabeth mais quand il évoque sa soeur Marie. Là, l'ogre des Ardennes s'effondre devant l'enquêteur. Il s'essuie les yeux avec un mouchoir.

Ensuite, l'enquêteur revient sur les dernières heures et Fourniret explique: "Elle opposait une résistance. Elle établissait une distance. Il fallait mettre fin. J'ai cherché des yeux un moyen de la faire taire. J'ai vu un sac".

"Et une fois morte, qu'avez-vous fait d'Elisabeth? Vous la laissez là"

"Non, j'ai du la couvrir... au moins pour la cacher à ma vue. Ensuite, je l'ai mise dans le congélateur"

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe
 

Marie-Noëlle Bouzet: "Montrez-moi vos mains Fourniret"

Bouzet1504_belgaTerrible début d'audience ce mardi matin à Charleville-Mézières. La maman d'Elisabeth a repris la lecture de sa lettre et s'est violemment adressée aux meurtriers de sa petite fille.

A peine l'audience avait-elle été ouverte que Marie-Noëlle Bouzet, la maman d'Elisabeth, prenait la parole pour une déclaration émouvante devant la cour et face à Michel Fourniret et Monique Olivier.

"J'ai survécu pendant 15 ans en me réconfortant avec l'idée que tes qualités de gentillesse allaient un jour ou l'autre faire germer de la compassion chez ces gens. Qu'un miracle aurait lieu. Je m'étais lourdement trompée".

Et puis, elle se retourne et regarde fixement le box des accusés. Dans la salle, chacun retient son souffle. Et elle lance: "Fourniret, vous êtes impitoyable. Et vous, Monique Olivier, vous lui avez offert. C'est vous le monstre humain".

Plus tard, la maman tremblante, a encore dit, droit dans les yeux du tueur: "Montrez moi vos mains Fourniret. Montrez-moi ces mains qui ont étranglé le si petit cou de ma fille. Vous êtes tout puissant...Pas très difficile avec une petite fille de 12 ans monsieur Fourniret".

"Allez ma puce, tu as été très courageuse. J'ai été très courageuse. [...] Je t'aime".

L'audience continue avec les extraits de l'interrogatoire de Monique Olivier à Dinant en juin 2004.

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe

A 9h, le procès reprend

Avocats1504_belgaLa nouvelle est tombée. Oui, le procès Fourniret continuera et ce dès ce mardi. Le juge assesseur, indisposé hier, est rétabli. Les débats peuvent (re)commencer.

Ce matin, maître Arnould, l'avocat de Marie-Noëlle Bouzet, l'affirmait dès le petit déjeuner: "Nous avons reçu des nouvelles rassurantes sur l'état de santé du juge hier en fin de journée. Le procès se tiendra donc comme prévu. Et je pense que le retard accumulé hier pourra être rattrappé dès ce mardi".

Le président Latapie a d'ailleur avancé son audience d'une heure et terminera probablement un peu plus tard.

Sur place, acteurs et suiveurs des assises se sont donc levés un peu plus tôt pour assister à la suite des audiences sur l'affaire Brichet et notamment aux projections des interrogatoires vidéo de Fourniret et Olivier, réalisés à Dinant au moment de leurs aveux.

Fourniret et Olivier qui sont arrivés au palais de justice un peu plus tôt, eux-aussi.

Au programme:

La suite de l'exposé des recherches par l'enquêteurs namurois Carpentier.

Le témoignage de la juge d'instruction dinantaise Anne Catherine Dubé.

La diffusion des extraits vidéos réalisés au moment des aveux de Fourniret et Olivier fin juin 2004.

Et Marie-Noëlle Bouzet, la maman d'Elisabeth, devrait reprendre la parole à un moment ou à un autre de la journée.

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe

14 avril 2008

Francis Brichet: "Fourniret, je n'ai rien à lui dire!"

Francisbrichetreuters Cette journée du 14 avril 2008 restera gravée dans la mémoire de Francis Brichet. Ce jour-là, 18 ans après, il a pu dresser le portrait de son enfant lumineuse et pleine de joie devant celui qui a ruiné sa vie.

Il est 15h30. Dans la rue du palais de Justice, un homme s'éloigne à petit pas. On dirait presque Monsieur Toutlemonde si ce-dernier n'était pas accompagné d'un journaliste d'une télévision privée et entouré de trois caméras et de quelques appareils photo.

Ce monsieur, c'est Francis Brichet. Le papa d'Elisabeth. Se retrouver dans le viseur des médias ce n'est pas son truc à Monsieur Brichet. D'ailleurs, plus les caméras sont nombreuses, moins il en dit.

Mais quelques minutes plus tard, quand les objectifs se sont éloignés, il accepte de nous parler. L'homme décompresse, une cigarette à la main.

Cette journée, il l'a longtemps attendue. Ce lundi, il s'est enfin retrouvé face au meurtrier et violeur de sa fille. Le président Latapie lui a donné la parole et il a pu dresser le portrait de sa fille de lumière et de joie face à l'ogre des Ardennes et ses meurtres sordides.

Francis Brichet, peut-on dire que vous êtes soulagé après cette journée lourde en émotion?

Oui, je suis soulagé de ne plus avoir à parler. Cette déclaration, je voulais la faire et je l'ai faite même si je ne suis pas un homme de discours ou d'écriture mais un homme qui s'exprime par la peinture. Alors oui, je suis soulagé d'en avoir terminé avec ça... Je ne devrai plus parler en public encore moins devant autant de monde. Mais ma fille est morte et ça, ça ne changera pas".

Ce matin, vous ne vous êtes pas adressé directement à Fourniret. Comptez-vous encore le faire?

Non. Je n'ai à lui dire à Fourniret! Il a tué ma fille, mon enfant. C'est tout ce qu'il y a à dire. Je ne suis pas pour la violence. Je ne vais pas l'insulter, le traiter de "salaud". A quoi cela servirait-il? A rien. Je ne suis pas non plus pour la peine de mort.

Qu'attendez-vous?

Qu'on l'enferme pour toujours dans une cellule. Et qu'on ne lui donne à manger qu'au travers d'un petit tunnel. Sans contact.

Ces deux jours de procès, vous les attendiez puisqu'il s'agit des faits relatifs à Elisabeth. Etes-vous déçus de la suspension d'audience de cet après-midi? Ne craignez-vous pas que le calvaire dure plus longtemps?

Je ne regrette rien. L'un des assesseurs est malade et le président ne voulait pas prendre le risque de ne plus avoir de juge de réserve pour les six dernières semaines... Je le comprends. Car si nous devions recommencer tout ça, ce serait vraiment pénible.

Votre avocat, Maître Lombard, s'est adressé directement à Fourniret ce matin pour un face-à-face impressionnant. Comment avez-vous vécu ce moment?

Mon avocat a fait ce que je ne pourrais pas faire. Il s'est adressé à Fourniret pour lui parler. Je ne pourrais pas faire ça. Je ne sais pas si cela changera grand-chose car Fourniret refuse toujours de parler. Alors, oui, je n'attends plus qu'une chose désormais: qu'on le mette en prison pour toujours.

Propos recueillis par
Olivier Deheneffe

Le procès Fourniret/Olivier suspendu ce lundi

Fournirettt1404_belgaA Charleville, le procès de Michel Fourniret et Monique Olivier est suspendu pour ce lundi. Un des juges assesseurs, malade ce matin, est à l'hôpital. Le procès reprendra demain à 9h avec le juge rétabli ou son remplaçant.

Ce matin, l'audience avait été prématurément levée. En cause? Un des juges assesseurs, Jérôme Lizet, était indisposé. L'homme a été transporté au centre hospitalier.

En son absence, le président Latapie préfère ne pas reprendre les débats. Il ne dispose que d'un juge suppléant. Si un deuxième membre de la cour devait également se retrouver malade avant la fin du procès, les assises seraient caduques puisqu'aucun autre juge ne pourrait jouer au remplaçant. (Il faut en effet un juge qui ait suivi l'ensemble des débats pour pouvoir siéger au sein de la cour).

Le président Latapie attend donc d'avoir un bulletin de santé détaillé de son assesseur avant de prendre la décision de le remplacer lui ou de garder son juge "joker" pour un éventuel autre incident dans les semaines à venir.

Une extrême prudence qui ne fait pas le bonheur des spectateurs venus très nombreux ce mercredi pour l'audience.

Le procès reprendra demain avec une heure d'avance sur l'horaire, soit à 9h.

A 15h, le convoi de Michel Fourniret et Monique Olivier est reparti vers la maison d'arrêt, située au centre-ville, encadré de son escorte policière habituelle.

A Chareville-Mézières,
Olivier Deheneffe