14 avril 2008

Audience à guichet fermé

Fournirett1404_belgaLe procès Fourniret passionne les habitants de Charleville. Cet après-midi, le tribunal fait même salle comble.

"Il n' y a plus de place", nous explique une employée du tribunal chargée du public. "On va faire des mécontents car des spectateurs font encore la queue dans la rue".

Dans les salles de diffusion, on attend la reprise du procès comme d'autres attendraient la suite d'Harry Potter au cinéma. Il ne manque finalement que les pop-corn. Un spectacle étonnant et tellement décalé avec l'ambiance pesante de la vraie salle d'audience où les parents des victimes revivent l'horreur.

Des spectateurs nous expliquent: "non, nous ne sommes pas là par voyeurisme, nous voulons voir comment ce monstre est vraiment". Et des parents de se défendre: "montrer à nos enfants que des gens dangereux à l'apparence normale existent, voilà aussi à quoi doit servir le procès de ce tueur".

Le programme de l'après-midi s'annonce, lui, chargé. Les enquêteurs namurois et dinantais doivent achever leur récit. Des extraits vidéo de l'interrogatoire de Monique Olivier seront aussi diffusés. Tandis que Marie-Noëlle Bouzet, la maman d'Elisabeth, a annoncé qu'elle souhaitait reprendre la parole durant l'après-midi.

A 14h15, Gilles Latapie, le président de la cour d'assises, n'a toujours pas ouvert l'audience.

Dans la salle bondée, le public s'impatiente... tandis que dans les pièces réservées aux parties civiles, on imagine qu'on profite encore de ces quelques moments de pause pour récupérer des premiers échanges de ce matin et de se préparer à devoir à nouveau affronter le regard du tueur et de son épouse cet après-midi.

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe

En direct du palais de Justice

Vanessa1404_belgaA 11h, le président Latapie a levé l'audience. Un des assesseurs étant indisposé. Les acteurs sont sortis dans la salle des pas perdus pour quelques déclarations.

Paul Lombard, avocat de Francis Brichet, qui a longuement tenté de faire parler Fourniret ce matin: "J'ai essayé de le mettre en face de ses responsabilités. Il fallait lui expliquer qu'il devait au moins faire le portait de sa petite victime. Refuser à des parents éplorés de leur donner la dernière image de leur fille, c'est inacceptable. J'ai cru à un instant qu'il allait parler... J'espère qu'il le fera s'il a malgré tout un coeur".

Vanessa Geluck, l'amie d'Elisabeth, toujours très émue: "Bien sûr que c'était dur. Je ne savais ce que je devais dire. Se retrouver en face de lui ça me faisait froid dans le dos. Je ne comprends pas l'attitude de Fourniret. Refuser de parler, de nous livrer enfin cette vérité qu'on a tant attendue... C'est inhumain. Je ne me sens pas soulagée. Cela m'a marqué et cela continuera".

Christophe Aubertin, magistrat de presse, au sujet de la suspension d'audience: "La raison de la suspension? Non ce n'est pas pour empêcher la diffusion des extraits vidéo de l'interrogatoire de Monique Olivier. En fait, un des assesseurs était indisposé. Mais cet après-midi, nous reprendrons et les extraits vidéos sont prévus".

Propos recueillis par
O.D.

"Offrez-vous une sortie digne monsieur Fourniret"

Lombard1404_belgaAprès les témoignages poignants des proches d'Elisabeth et de son amie Vanessa, l'avocat de Francis Brichet, Paul Lombard, s'est lancé dans un face-à-face avec Fourniret.

L'avocat se lance: "Michel Fourniret, je ne veux pas vous forcer à parler. Je ne veux vous poser qu'une question. Et je vous assure qu'il n'y a pas de piège. Je voudrais que vous nous livriez un souvenir que vous avez d'Elisabeth... Un souvenir pour mettre un peu d'humanité dans cette affaire".

"Je pourrais vous dresser très facilement le portrait d'Elisabeth Brichet"

l'ogre des Ardennes est assis, juste en face de Paul Lombard. Il regarde l'avocat aux cheveux blancs. Pour lui répondre, l'accusé se lève et après une interminable inspiration, très théâtrale, lâche: "Maître, votre question m'embarrasse et elle me prend de court. Je pourrais vous dresser très facilement le portrait d'Elisabeth Brichet mais je ne peux pas le faire puisque les conditions de ce procès ne sont pas les bonnes (Fourniret réclame le huis clos depuis le début)".

Alors l'avocat Lombard reprend les déclarations de Fourniret aux enquêteurs et demande au tueur présumé: "Vous avez déclaré qu'Elisabeth vous faisait penser à une petite danseuse, à une jolie ballerine. C'est bien cela monsieur Fourniret?".

"Maître, pour les raisons que vous connaissez, je ne peux pas vous répondre".

Une sortie digne

Alors, le représentant de Francis Brichet fixe Fourniret et lui dit: "Je ne vais pas vous supplier de nous parler, mais je veux dire que vous faites fausse route. Parlez et donnez-vous ainsi une sortie plus digne que celle que vous nous préparez [...] Toute ma vie j'ai défendu des hommes et quels que soient les crimes commis, un homme peut toujours se réfugier dans la charité".

Face à l'avocat, Fourniret reste debout mais refuse toujours de modifier sa position. Sans surprise...

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe

Fourniret ne reconnaît pas le viol

Brichet1404"Levez-vous Michel Fourniret", lance le président Latapie à l'ouverture de l'audience relative aux faits concernant Elisabeth Brichet.

Le président dresse ensuite la liste des faits reprochés à Fourniret. "Vous êtes accusé d'enlèvement, séquestration, viol et tentative, d'avoir donné volontairement la mort et d'association de malfaiteurs. Reconnaissez-vous ces faits?"

Fourniret, pull gris, répond: " Je reconnais quatre de ces faits". Le président lui demande des explications et Fourniret explique: "Je ne reconnais ni la tentative de viol, ni le viol". "Aucun des faits de nature sexuelle..." rétorque le président. "C'est ça".

Monique Olivier, dans un français hésitant, reconnaît les faits mais répète "je n'ai pas violé ni donné la mort moi-même".

Le président reprend la parole. Il rappelle rapidement l'horrible fin d'après-midi du 20 décembre 1989.

Les parents racontent leur fille

Ensuite, il appelle le papa Francis Brichet à la barre. Ce-dernier parle pendant quelques minutes, ému. Il déclare notamment: "Ma petite fille aura éternellement 12 ans. Son rire me faisait penser au chant d'un oiseau [...] Mais tout s'est brutalement arrêté. Et 15 ans de doutes, de cauchemars, de tristesse ont débuté".

A présent, il est 10h20, c'est au tour de la maman d'Elisabeh, Marie-Noëlle Bouzet, de conter le souvenir de sa fille, la voix serrée. Une photo d'Elisabeth, blonde et rieuse, est diffusée dans la salle d'audience et les deux salles de diffusion. La maman se rappelle de sa petite-fille: " une petite fille lumineuse, un être de joie. Je pensais que la vie était faite pour toi et que tes qualités te permettraient de passer outre tous les obstacles. Je me trompais, tes belles qualités t'ont valu toutes ses souffrances".

L'émotion dans le public est palpable au moment où Madame Bouzet, émue, perd le fil de la déclaration qu'elle a préparée. Elle se trompe de page. Et le président lui conseille de prendre son temps.

Après la maman, c'est au tour de Thomas Brichet, le grand frère d'Elisabeth de venir s'exprimer. Il déclare: "Je veux simplement dire à Elisabeth: nous sommes là pour toi aujourd'hui. Nous attendons que tes assassins soient punis".

Vanessa, l'amie chez qui Elisabeth a passé sa dernière après-midi, commence son récit, la voix nouée.

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe

Fourniret joue à cache-cache

Fourniret1404_belga_2Comme chaque matin depuis quatre semaines, le convoi de Michel Fourniret et Monique Olivier, a traversé en trombe et dans un hurlement de sirènes, la ville tranquille de Charleville.

Et comme chaque jour depuis quatre semaines, photographes et cameramen ont tenté d'arracher au passage des véhicules les expressions des deux accusés.

Mais comme chaque semaine depuis quatre semaines, Michel Fourniret a attendu le moment où photographes et cameramen étaient assez proches pour filmer ou photographier son visage pour tourner la tête. "Pas assez quand même pour que je ne le shoote", nous explique un photographe qui vient de capturer un instant les expressions du  tueur.

Dans la deuxième voiture, Monique Olivier regarde toujours droit devant elle. Filmée et photographiée, la femme ne bronche pas.

Puis, en un éclair, le convoi s'engouffre dans la ruelle derrière le tribunal. Là-bas, sur le parking du palais de justice, les deux accusés sortent, à l'abri des regards, et se rendent dans leur cellule respective.

A 9h30, le papa d'Elisabeth Brichet, Francis Brichet, est arrivé, par l'entrée principale. Rapidement pris d'assaut par les caméras, le père de la petite victime s'est contenté de quelques mots avant de rejoindre la salle d'audience.

Dans la salle des pas perdus, on voyait aussi Cédric Visart de Bocarmé, procureur du Roi à Liège (et à Namur au moment des faits), Maître Jean-Maurice Arnould (Voir interview sur Actu24) ou l'enquêteur de Dinant Jacques Fagnart.

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe

Affaire Brichet: l'attente de réponses

Charleville1404_epaComme annoncé dans l'Avenir, le Jour et le Courrier de ce lundi matin, ce sont principalement des représentants de la presse belge qui couvrent les deux jours de procès où la cour d'assises du président Lapatie ouvre le terrible dossier Brichet.

Près de 18 ans après l'enlèvement, la tentative de viol et le meurtre de la petite Namuroise, les proches de la victime vont se retrouver face au meurtrier présumé de leur petite fille. Un face-à-face difficile à vivre.

Pour l'heure, peu d'agitation autour du palais de justice de Charleville-Mézières. Les CRS attendent sous la pluie l'arrivée du convoi de Michel Fourniret et Monique Olivier. La presse les attend, elle-aussi, dans une ambiance maussade.

Mais plus que les personnages monstrueux, ce sont des réponses qu'on attend aujourd'hui à Charleville. Des réponses sur les conditions de l'enlèvement, le repérage des lieux à Saint-Servais (banlieue namuroise), sur les viols ou tentatives et au-delà sur le rôle exact joué par les deux accusés et notamment l'implication de Monique Olivier dans les dernières heures de vie d'Elisabeth Brichet.

Le président ouvrira les débats à 10h. D'ici là, l'ogre des Ardennes et son épouse sont attendus juste avant ou peu après les familles des victimes.

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe

28 mars 2008

Les familles des victimes face à la presse

Victimefourniret2803_reuters Les pères de Céline Saison, Fabienne Leroy et Isabelle Laville sont venus parler à la presse à la fin de la journée. Le frère d'Isabelle Laville les accompagnait.

Monsieur Saison: Tout cela est assez étrange. C'est difficile à affronter notamment en voyant Fourniret toujours en dehors du contexte.La lecture des faits était très lourde à entendre. Nous avons souffert.

Toutes les familles des victimes se sont rencontrées. Nous formons un pacte de solidarité face au pacte diabolique du couple Fourniret.

Monsieur Leroy: Même préparé, ce procès est difficile à vivre. Nous vivons des émotions très dures. L'attitude de Fourniret est ridicule. Il est lâche de ne pas prendre ses responsabilités. Les parties civiles refusent le huis clos. Nous avons été contents de l'entendre parler aujourd'hui... on sait maintenant qu'il sait parler.

Nous constituons la famille des victimes. Hier, Joëlle Parfondry est venue nous voir. Elle se sent coupable d'être vivante. Elle souffre beaucoup. Nous l'avons fortifiée. Elle a promis de venir témoigner. C'est important.

Sylvain Leroy (le frère): Qu'il menace de ne pas venir, on s'y attendait mais on savait qu'il existait des recours et que le président pourrait les utiliser. Nous voulons que Fourniret et Olivier reconnaissent publiquement ce qui s'est passé. Je ne m'attends pas à de nouveaux éléments.

Monsieur Laville: Nous ne voulons pas de différence entre les Olivier et Fourniret. Nous espérons avoir une bonne partie de la vérité. 

Pour nous, le huis clos n'est pas intéressant. Tout le monde doit pouvoir savoir qu'il risque de se retrouver un jour face à des gens comme eux.

Monique Olivier est aussi coupable que Fourniret. Si elle n'avait pas été en couple avec lui, ma fille serait toujours vivante.

Quelle fin de semaine !

Latapie2803_epa Les deux premiers jours du procès Fourniret se sont achevés par un face-à-face intense entre le président Latapie et Michel Fourniret.

Les deux hommes se sont opposés sur le fameux principe du huis clos exigé par Fourniret jeudi matin. Le président a rappelé à Fourniret quelques fondamentaux de son institution. "La publicité des débats est un principe de base monsieur Fourniret".

Le président a dans un premier temps demandé à Fourniret de se lever pour lui donner sa position concernant les faits qui lui sont reprochés. Fourniret a alors pris la parole: "Je suis fort embarrassé. J'ai pris la résolution du boy-cott [...] je suis prêt à participer de manière positive, active et orale aux débats si ceux-ci se tiennent à huis clos".

Le président demandait alors des éclaircissements et expliquait à Fourniret: "Un bon procès d'assises est un procès où chacun assume sa responsabilité. La défense défend, les parties civiles accusent et vous vous exprimez".

"On n'est pas à la Star Academy"

Le président a encore dit à Michel Fourniret qu'il fallait revenir dans la réalité. "On n'est pas à la Star Acadely ici Monsieur Fourniret", lui a-t-il même lancé alors que Fourniret venait de dire qu'une des raisons qui le poussait à demander le huis clos était un reportage qu'il avait vu à la télé dans "Faites entrer l'accusé".

Le président Latapie a ensuite pressé Fourniret en lui rappelant l'heure. "Il est 17h15 et des gens doivent rentrer chez eux un peu partout... moi aussi d'ailleurs".

Le président a alors fixé rendez-vous à lundi matin au tueur présumé en lui adressant cette ultime phrase: "d'ici lundi, réfléchissez Monsieur Fourniret. Bon week-end". Il lui conseille donc de profiter de ces deux jours pour revenir sur sa position et accepter l'oralité des débats dès lundi.

De son côté, Monique Olivier a assuré au président: "je compte venir tous les jours et je ferai tout ce que je peux pour que le procès se déroule dans de bonnes conditions".

A Charleville-Mézières,
Olivier Deheneffe

Journaliste sous surveillance

Journalistefourniret Dans les salles d'audience où le procès est diffusé sur écran vidéo, il est strictement interdit de capter son ou image de quelque manière que ce soit. Des écriteaux le mentionnent sur les murs.

Les CRS chargés de la sécurité et de la bonne tenue du procès veillent et patrouillent autour des bancs des spectateurs.

Hier déjà, un photographe d'un quotidien bruxellois avait été rappelé à l'ordre. Et cet après-midi, c'est une journaliste d'une radio locale qui a été surprise par un CRS alors qu'elle manipulait son GSM.

Résultat: gsm confisqué et menace d'une confiscation d'accréditation ainsi que d'une amende de 4500 euros... "Et d'une comparution immédiate devant le procureur de la République. Il faut dire qu'on n'est pas loin" nous glisse dans un petit sourire un membre des forces de l'ordre. Sympa...

O.D.

L'attitude de Fourniret n'étonne pas

Fourniret2803_epa Le procès en assises de Michel Fourniret et Monique Olivier se poursuit. Fourniret garde une attitude très détachée. Il donne l'impression de s'endormir par moments. Un comportement qui n'étonne personne.

La lecture de l'acte de mise en accusation par les greffières de la cour se poursuit. On aborde désormais les renseignements de personnalité des deux accusés.

Alors qu'on retrace leur vie, qu'on parle de leur famille, de leurs proches, de leur capacité à tuer, de leurs attitudes sadiques... les deux accusés semblent être ailleurs.

Michel Fourniret montre un détachement tel qu'il semble vouloir s'endormir par moments. Le fait-il? Bras et jambes croisées, le tueur présumé chancelle de la tête.

A quoi pense-t-il?

Et s'il ne dort pas, à quoi peut-il bien penser alors que les greffières évoquent son comportement inhumain face à ses jeunes victimes? Se remémore-t-il les scénes de ses enlèvements, de ses viols, de ses étranglements?

L'un de ses conseils, Me Blocquaux, nous a confié ce midi: "Je ne peux pas vous dire à quoi il pense. Il communique peu avec nous. Nous nous parlons certes mais il ne s'ouvre pas sur ses états d'âme et ce n'est pas une surprise".

L'avocat poursuit quand nous lui demandons ce qu'il pense de la lettre de Fourniret dans laquelle il résume le rôle de ses conseils à celui de potiche: "Pas de commentaire sur ce point précis, mais une chose est sûre... Il n'est pas facile de défendre Michel Fourniret".

L'attitude de Fourniret est aussi commentée par les avocats des parties civiles qui déclarent: "non, le comportement de Fourniret ne nous étonne pas. On savait qu'il serait indifférent à la douleur des familles de ses victimes".

O.D.