'Avis aux bloggeurs: post à ne pas lire en cas d'allergie aux gros mots savoureux et au langage méditerranéen)
"P..., la s..., elle vient encore de passer à côté du bouchon." Sur la place Macy, à quelques pas du Palais des Festivals, Philippe, pointeur, vient (encore) de rater le cochonnet. Le geste est d'autant dramatique que la paire qu'il forme Lionel est en difficulté, et à deux points de "la fanny" (zéro points en langage de pétanquistes).
C'est ici, sous les tilleuls, que Cannes continue de vivre, insouciante à la frénésie gallopante du festival. La contagion cinéphagique n'atteint pas tout le monde. Chaque après-midi, les habitués résistants se retrouvent autour du bouchon. Et ce mardi soir, c'est davantage les deux points perdus qui passionnent ceux-là, que la présentation par Alain Resnais de son dernier film, Les herbes folles, cinquante après avoir participé à la reconnaissance de la Nouvelle Vague avec la projection cannoise de Hiroshima mon amour.
La place Macy. Un petit coin d'insouciance, donc. Une petit moment hors du temps du festival. Une bulle de tranquilité ensoleillée, de noms d'oiseaux qui s'envolent dans l'air chaud et de jolies amitiés qui se termineront le soir au petit jaune. Sauf que la bulle est petite et peu imperméable au vacarme ambiant. Le long de la place, le boulevard de mer vomit son flux continu de véhicules, longeant la digue de fourgons de CRS venus en renfort encadrer le festival. Coups de klaxons rageurs: les Cannois rentrent du boulot et aimeraient accélérer la cadence. De l'autre côté, c'est la marée humaine. Touristes aux terrasses, festivaliers courant d'un restaurant à une projection, d'une projection à un restaurant, courant sans trop savoir vers où. Smokings et chaussures cirées, tongs et shorts, mocassins et lin. Tout se mélange, tout s'active. Bouillon de culture.
Philippe tente à peine se troisième boule que des mégaphones rajoutent au tohu-bohu. Autour du kiosque, des manifestants viennent crier leur colère. Quelques assocs, comme ils disent là-bas, dénoncent le manque de facilité à trouver un travail pour les personnes de couleur. Sifflets. Slogans. Drapeaux agités. Avant-hier, c'étaient les policiers municipaux qui défilaient, au motif que leur corps serait homophobe. Un collègue homo aurait été insulté. On n'en pas encore au niveau 4 sur l'échelle de richter des manifs des intermittents du spectacle, mais tout ça fait une bien jolie valse de contretemps.
"P..., mais tu t'es dopé à l'EPO ou quoi ?" Renseignement pris, la drogue dont question est plutôt inoffensive (Eau, Pastis, Olives), mais peut influer sur l'équilibre du tireur en cas de surconsommation. Là, c'est Lionel qui a "merdé". La Fanny s'approche. Comme cet orgue de barbarie: son propriétaire tend le chapeau, puis pique une colère: quelques jeunes, très peace and love, se sont assis en cercle au milieu du chemin, façon "Au pays des merveilles de Juliette", et bloquent le passage. Ca râle sec côté orgue: c'est Hiroshima, mais sans amour.
"Oulalaaaaaa, mais tu es quand même un bel enfoiré..." Un festivalier courant (vers le restau, vers la projo, vers nulle part?) s'est retourné, un peu surpris du ton. Costume chic et chapeau sombre, façon Eliott Ness. Philippe, lui, se laisser facilement corrompre. Il a perdu, c'est à lui d'offrir le coup. On est à Cannes, on s'en referait bien 400, façon Truffaut. Mais ce n'est pas raisonnable: demain, il faudra à nouveau lancer le bouchon. Une question d'équilibre...
Mister Citizen Cannes
Très chouette ce "billet"..... à quand ton premier bouquin ?
Posted by: Françoise R | 05/20/2009 at 08:45 AM
Elle vient de là ta photo de profil sur Facebook!!!
Il paraît que c'est au tour de Brad aujourd'hui...
En tous cas, je remarque que l'inspiration de te fait pas défaut. Très agréable moment de lecture ;o)
A bientôt et profite bien surtout!
Posted by: Frateur | 05/20/2009 at 10:28 AM