C'est une belle reconnaissance, cette invitation lancée aux frères Dardenne par le festival de venir dispenser une leçon de cinéma. Près de deux heures de papote à bâtons rompus sur la méthode de travail de Jean-Pierre et Luc, sur leur parcours, sur leur famille cinéma.
En vrac, quelques petits moments forts de cette rencontre face public tout en humilité. C'est tout chaud: les frères quittent à l'instant la salle Bunuel... Rappelons qu'ils ont reçu deux fois la Palme d'Or (Pour Rosetta et L'enfant), que Rosetta a offert un prix d'interprétation féminine à Emilie Dequenne et Le fils l'équivalent masculin à Olivier Gourmet, et que les frères ont reçu l'année dernière le prix du scénario pour Le silence de Lorna.
- Les premiers documentaires
projetés au petit bonheur la chance, dans une salle paroissiale, une maison du peuple, un bistrot où un garage. "Les gens venaient surtout pour se retrouver entre eux", se souvient Luc Dardenne.
- "Je pense à vous",
un film qui sera un échec total, malgré une équipe technique de 60 personnes et un budget de 16 millions de francs. "L'échec est très formateur,et ne doit pas faire douter. Non, nous n'aimons pas ce film. Le budget, l'équipe nous ont fait peur, nous ont paralysés. Après avoir vu le résutat, on s'est dit: la technique, on s'en fout. On va juste essayer de voir ce que l'on veut faire, et on va le faire avec des gens proches. C'était notre acte de liberté", qui se révélera payant: le film suivant, La Promesse, font se rencontrer les frères et leur public.
- L'importance du visage nouveau.
"Pour La Promesse, nous voulions des acteurs que le public ne connaisse pas, des visages nouveaux, le plus innocents possibles par rapport au regard du public. Pour le personnage d'Igor (NDLR incarné par Jérémie Renier), nous avons placé des petites annonces dans les journaux, fat un premier choix sur base de photos, puis travaillé avec les acteurs sélectionnés. Ce travail s'est fait, se fait toujours, dans le plus grand secret. Pas pour le culte du secret, mais parce qu'un troisième regard, étranger au nôtre, risque juste de tout foutre en l'air..."
- Cette caméra toujours en mouvement
, Elle est le signe identitaire du cinéma des Dardenne. "Elle est très présente sur Rosetta. Simplement parce que nous considérions le personnage comme un petit soldat partant à l'assaut de la forteresse société. Nous voulions suivre ce petit soldat à la manière de reporter de guerre, de s'immerger dans son mouvement, mais en étant toujours en retard sur elle. Concrètement, il ne s'agit pas de faire bouger la caméra pour le plaisir. Mais de sentir si une tension existe dans une scène, et de savoir si la caméra permettra de dire certaines choses invisibles."
Mister Citizen Cannes
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