C'est un peu le trou normand au milieu du repas. La petite goutte qui vous aère, vous oxygène l'estomac, vous enflamme les papilles, la rasade d'eau-de-vie qui vous remet sur orbite...
Sam Raimi, "ze" Sam Raimi, est à Cannes pour présenter son p'tit dernier. Sam qui? J'en vois d'ici, tous ceux et elles qui évitent généralement les séances de minuit et se cachent le visage dès qu'on sort la tronçonneuse au fonds des bois les soirs de pleine lune, qui se demandent qui est le monsieur en question. Pour ceux-là, un petit rappel des barèmes.
Sam Raimi, m'sieurs dames, c'est un pape du gore. Un archange de l'horreur outrancière. Un héraut de la giclée de gros rouge après amputation. Celui qui a révolutionné le genre du film de super-héros avec la (magnifique) trilogie Spiderman est surtout ce jeune auteur qui, cassant sa tirelire un beau matin de 1982, mit en boîte avec quelques potes inventifs et sans complexe ce qui allait devenir un film culte: Evil Dead. Rappelez-vous: le livre des morts, le démon dans la cave, Bruce Campbell se battant contre les ombres. Et les bras arrachés, et les tripes étalées et... Oups, je m'emporte là.
Drag me to hell est de la même cuvée, le budget en plus. Du gore hénaurme et burlesque, des effets visuels dignes de la foire du trône, et un humour omniprésent sont au menu de cette histoire de malédiction, lancée par une gitane à qui une brave jeune américaine vient de refuser un prêt bancaire (on recommande à la vieille rom une consultation chez Maître Modrikamen). Si Dieu est un fumeur de gitanes, le pape Raimi les préfères avec des dents crasseuses, un oeil de verre, un dentier baladeur et la colère bien tenace.
Bon, certains festivaliers n'ont pas compris ce que Raimi faisait dans un festival respectable (il y en a une poignée qui sont sortis de la salle en jurant, vous savez, ceux qui pensent que Cannes ne doit exclusivement s'ouvrir qu'aux films tamouls en vo non sous-titrée). Ceux-là ne font pas partie de la grande famille (tiens, Raimi sans famille, ce serait drôle ça). Nous, on y voit au contraire la jeunesse d'esprit d'un événement qui n'oublie jamais que le cinéma peut aussi s'incarner dans des films purement "montagnes russes" (ceux pendant lesquels on crie hip hip hip Oural?), délires, fun.
Allez, changement de registre. C'est Michael Haneke qui s'invite en compétition, maintenant, avec son Ruban blanc. Sans gitan, sans tronçonneuse, mais avec des festivaliers rassurés.
Mister Citizen Cannes
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