Penelope Cruz a fait comme Johnny Hallyday, hier: elle a annulé toutes ses rencontres avec les journalistes. Elle s'en est excusée en conférence de presse : "Je souffrais de la grippe", souffle-t-elle. "Mais juste d'une grippe normale, pas l'autre..." La précision s'imposait: à la mention de grippe, mon voisin, un journaliste russe, venait déjà de sortir son masque respiratoire (véridique), de ceux que l'on croise régulièrement sur la croisette. L'image rappelle le temps du SRAS où l'on se croyait au beau milieu du tournage d'un épisode d'Urgences, avec des faux chirurgiens partout... Pénélope Cruz allait donc mieux, ce matin. C'est même elle qui a inspiré une certaine fièvre dans le Grand Palais, pétillante dans sa seyante robe champagne et sur des talons interminables (est-ce une exigence contractuelle de Pedro Almodovar, qui obligerait ses actrces à porter des talons aiguilles?). Pas mal de confrères en ont profité pour lui demander quelques autographes (un sport curieusement très prisé par certains journalistes qui oublient de prendre des notes pendant la conférence de presse pour se placer stratégiquement à l'endroit où ils pourront croiser leur idole - c'est très très pro ça m'sieurs dames!), profitant de l'absence de son colosse de chéri Javier Bardem, resté à l'hôtel.
Sourires cinégétiques, et petits gestes de la main aux photographes: classieuse, Pénélope Cruz sait soigner son image. Contenant parfait, mais contenu décevant. Non pas que la senora Cruz n'ai rien à dire. Il est même très plaisant de l'entendre exposer ses idées sur ses films dans cet anglais au zézayement hispanique si ensoleillé. Non, le souci, c'est qu'elle accompagne Pedro Almodovar, aussi caquetant qu'une concierge madrilène : placer deux phrases entre les interventions du réalisateur est approximativement aussi aisé que de regarder un film de Manoel de Oliveira sans bailler une seule fois.
Au bout d'une heure de conférence de presse, pardon, de monologue de Pedro el magnifico, on saura juste que Pénélope, qui collabore pour la quatrième fois avec lui (Volver lui avait valu un prix d'interprétation partagé collectivement avec les autres actrices du film) est très heureuse d'être à Cannes (ouf on est rassurés), qu'elle a été surprise par le scénario d'Almodovar, qu'elle sent que le réalisateur lui fait toujours confiance (là, on a quand même l'impression d'assister à une interview de footballiste), et qu'il est plus difficile de jouer la comédie que la tragédie (personne ne l'avait dit avant, ça?).
Et voilà. C'est tout? Ben oui, c'est tout: Almodovar s'est remis a parler...
Mister Citizen Cannes
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