Dans les notes de production, que je viens de lire, von Trier annonce la sauce : il a écrit le scénario d'Antichrist à la suite d'une dépression, tentative de vérification de la survivance partielle ou totale de sa créativité (ce qui peut être porteur, d'ailleurs: si soeur Sourire avait écrit un tube à chaque coup de blues, elle serait plus riche que Michael Jackson). Lars von Trier inquiète cependant a priori quant il écrit: "Je n'ai aucune excuse à offrir pour Antichrist." Aucune excuse, non. Mais de sérieuses raisons de s'inquiéter pour sa force créatrice peut-être, mais surtout pour sa santé mentale. Deux personnages. Elle et lui (Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe, deux acteurs talentueux). Les deux sont confrontés au deuil d'un enfant, défenestré alors que ses parents jouaient à la bête à quatre pattes. Il faut vivre l'absence et gérer sa culpabilité, d'abord dans un appartement aseptisé, ensuite dans un chalet délabré au milieu d'une junge végétale. S'ensuivent environ 90 minutes d'une lente dérive, dont on ne saura jamais s'il s'agit d'une descente aux enfers psychologique ou psychiatrique, de l'évocation métaphorique du mal être au sein d'un couple, ou de la célébration presque druidique de noces payennes avec la Grande Nature. Tout est permis comme interprétation. Mais rien a priori n'explique les diarrhées artistiques de von Trier, qui pourrait à l'avenir épargner à son public (fidèle) ses errances psychopathiques. Lars ose tout. Montre tout. Jeux thérapeutiques malsain (lui est psy et traite son épouse). Scène de combat sexuel frôlant avec une pornographie gratuite. Puis pétage de plomb. Madame dérive de la ligne droite. (Auto)mutilations présentées face caméra. Tableaux naturalistes surréalistes. Plans oniriques teintés d'une incroyable violence. Gratuité totale. Osons les mots (et tant pis pour la censure): foutage de gueule! Le plus irritant, au-delà de la vacuité anthologique de l'objet artistique, c'est la pédance de von Trier qui évoque pour présenter son portrait du vide les plus belles pages de Strindberg (ben voyons), et qui dédicace son "film" à Tarkosvki (évocation qui a déclenché des huées massives et unanimes de la part de la presse). A nous de présenter nos excuses à Lars von Trier (dont nous continuons d'aimer Breaking the Waves, Les idiots ou la superbe série télé The Kingdom ). Si nous sommes aussi radicaux avec ce qu'il ose appeler "le plus grand film de sa carrière" (reprends un anti-dépresseur, Lars), c'est parce que nous aussi sortons d'une mauvaise période. Pas de dépression, non, mais une journée plutôt grave. Avec: Le tsar, un chant wagnérien très acamédique du Russe Pavel Lounguine (ou comment un métropolite orthodoxe se dresse contre la mégalomanie mystique d'Yvan le Terrible: c'est pas du Pixar ça les amis...). Puis Le Père de mes enfants, film plutôt réussi d'une jeune réalisatrice de 27 ans, Mia Haansen-Love, mais au sujet dur (une famille uniedoit faire face au suicide du père et mari). Après tout cela, Antichrist n'aura vraiment pas été une bénédiction. Tiens, dans une armoire de mon appartement cannois, j'ai aperçu le coffret de La coccinelle à Montecarlo. Je sais ce qu'il me reste à faire avant le dodo... Comme une gorgée de bière après le restau gastronomque et le dessert écoeurant. Mister Citizen Cannes Avec une régularité parfois curieuse, le festival de Cannes s'offre son petit (ou grand) scandale. Ce fut évidemment La Grande bouffe de Ferreri et son désespoir épicurien et forcené, ce fut Irréversible et sa violence physique et sexuelle frontale, ce fut aussi, par exemple le survival Wolf Creek et son tortionnaire cinglé du bush (la région australienne, pas le président). Cette année, il était écrit que le scandale - et un fameux - porterait le nom de Lars von Trier.
C'est le même sujet que "Vinyan" en fait sauf que Lars von Trier a peur de l'avion...
Posted by: Jacques | 05/18/2009 at 05:06 PM
Et si le spleen est toujours au rendez-vous, il demeure sans doute dans le tiroir du meuble télé un exemplaire dvd de .
Posted by: avenir hier | 05/18/2009 at 08:09 PM