27 mai 2008

Des questions sur le flou

Ait_oud_5555_belgaL'audience est suspendue jusqu'à mercredi 9h15. Les questions des différentes parties aux enquêteurs sont terminées. Rien de neuf n'est apparu.

Le témoignage d'Alain Remue et ceux des enquêteurs ont laissé place au temps des questions dans la salle d'audience du procès en assises d'Abdallah Ait Oud. Des questions qui n'ont pas réellement éclairé le dossier mais qui ont permis à chacun de comprendre un peu mieux encore les faits débattus.

L'avocat général Marianne Lejeune, les avocats des parties civiles mais aussi les jurés ont profité du jeu de questions-réponses pour tenter de trouver des explications aux quelques zones d'ombre que les témoignages très complets des enquêteurs n'avaient encore pu satisfaire.

L'enquêteur est formel

Qui est décédé en premier? Stacy ou Nathalie? Les enquêteurs ont renvoyé vers les experts qui viendront dans les prochains jours.

Est-il possible que personne n'ait rien vu? Les enquêteurs répondent là que c'est possible. "Il faisait nuit..."

Un homme seul peut-il réellement prendre de force deux enfants? Ici, l'enquêteur Cleeren est formel. "Oui, c'est possible".

Les camps fourbissent leurs armes

D'autres questions, encore, ont été posées parfois sur des points de détail... des détails qui pourraient trouver toute leur importance dans les deux semaines qui viennent. Quand les parties civiles se décideront à mettre Ait Oud face à ses confusions et ses contradictions ou que la défense commencera à pointer du doigt le manque de preuve formelle impliquant Ait Oud...

Car si les éléments montrés ce matin désignent logiquement Ait Oud comme le responsable de la disparition et de la mort de Stacy et de Nathalie (fragments végétaux, fibres de vêtements, cheveux, détecteur de mensonge), il reste, malgré tout, encore bien des zones d'ombre.

Et finalement qu'est-il advenu des petites Nathalie et Stacy entre le samedi 10 juin, 2h du matin, la dernière fois où on est certain de les avoir aperçues à la braderie, et le dimanche 11 juin, 5h, moment où les corps sont jetés dans le petit canal près du chemin de fer, si on en croit, du moins, le service qui contrôle l'écoulement des eaux et qui note une diminution significative du débit de l'eau du canal à cet horaire précis?

Réponse d'ici deux semaines et la fin du procès Ait Oud.

Olivier Deheneffe

Au bout des fouilles, la tristesse

Remue_belga Alain Remue, l'homme qui a dirigé les recherches sur le terrain en juin 2006, a témoigné cet après-midi. C'est lui et ses équipes qui ont fini par retrouver les corps des fillettes.

Imposante stature, voix qui porte, discours clair et structuré, Alain Remue a sans aucun doute l'étoffe des meneurs d'hommes. Le commissaire de la cellule nationale des personnes disparues est revenu sur le pénible travail qu'il a eu à accomplir avec ses hommes dès le 10 juin 2006 à 10h.

"Pour nous, l'affaire Stacy et Nathalie a commencé à 10h du matin quand nous sommes arrivés sur place. A ce moment là, nous travaillions bien sûr avec l'espoir de retrouver des petites filles vivantes".

Il poursuit: "On nous appelle pour les disparitions inquiétantes, messieurs et mesdames les jurés. Inquiétantes, c'est important, répète-t-il avant d'expliquer les trois règles d'or de leur délicat boulot. "Règle n°1: se dire que chaque affaire est différente. Règle n°2: savoir que les premières 24h sont cruciales pour les indices, les témoignages, le sort des disparus. Règle n°3: ne jamais dire jamais".

Face au président Goux et aux jurés, Alain Remue explique que pour diriger les recherches, il faut tenir compte de toutes les hypothèses: un simple malentendu, un accident, une dispute de famille ou alors autre chose de plus inquiétant. Il faut chercher dans toutes les directions mais selon une méthode, explique-t-il tout en rappelant: "Mais le temps passe et on ne retrouve pas les enfants".

Alain Remue explique que la Meuse a été fouillée très sérieusement. On a d'ailleurs repêché 62 véhicules.

Un tas de broussailles

La cellule nationale des personnes disparues travaille en collaboration avec les enquêteurs... "C'est ainsi que j'ai appris, lors d'un briefing, qu'un suspect avait des éraflures sur les bras. Nous avons donc cherché dans les zones sensibles que nous avions repérées un endroit où on pouvait se blesser aux avant-bras. Et c'est là que je me suis retrouvé sur le site du chemin de fer devant toute cette broussaille. L'endroit pouvait correspondre et avec l'accord de la juge d'instruction nous avons débroussaillé pour pouvoir ensuite fouiller".

Deux jours plus tard, l'équipe d'Alain Remue allait retrouver le corps de Stacy Lemmens, à 10h30, et celui de Nathalie Mahy, quelques heures plus tard.

L'audience se poursuit et tous les témoins de journée sont réunis dans la salle d'audience pour répondre aux questions des différentes parties.

Olivier Deheneffe

Alain Remue attendu cet après-midi

L'audience reprend en ce début d'après-midi au Palais de Justice liégeois. Un témoignage est fort attendu: celui d'Alain Remue, l'homme qui avait dirigé les opérations sur le terrain en juin 2006.

Alors que le témoignage du commissaire de la police fédérale à la cellule nationale des personnes disparues, Alain Remue, est fort attendu. L'après-midi devrait commencer par un feu de questions après l'audience forte de ce matin. Le enquêteurs qui ont parlé ont mis en avant un grand nombre d'éléments qui pointent Ait Oud comme coupable... Nul doute que les avocats des parties civiles vont tenter d'enfoncer le clou.

Olivier Deheneffe

Les familles quittent la salle

Dizier2705_belgaC'est vers 11h30 que le procès Ait Oud a sans doute vécu l'un de ses pires moments. Les enquêteurs en sont arrivés au douloureux instant où les corps ont été découverts dans le chenal à côté du chemin de fer.

"Monsieur le président, je tiens à avertir les personnes présentes dans cette salle que les images qui vont suivre sont difficiles". Roger, Cleeren, commissaire à la police judiciaire fédérale, entame le récit de la fin des fouilles... le moment où les corps de Nathalie et Stacy ont été découverts dans le chenal sur le site du chemin de fer.

Des photos vont être montrées. Une manière de présenter à la cour et notamment aux jurés la vérité telle qu'elle est. Une vérité trop douloureuse pour les parents. Dans la salle, Christelle Graziero, la maman de Stacy, se lève bientôt suivie par Didier Mahy, le papa de Nathalie.

Catherine Dizier reste, elle, dans la salle, mais cache ses yeux avec la farde qu'elle tient dans ses mains et où une photo de Nathalie a été posée.

Quant au papa de Stacy, Thierry Lemmens, il n'est pas là. Il ne souhaitait sans doute pas assister à cette audience qu'on redoutait.

Olivier Deheneffe

Ces preuves qui accablent Ait Oud

L'audience du matin s'est terminée par un défilé de conclusions de l'enquêtes et des nombreux devoirs d'enquête qui, tous, accablent l'accusé Abdallah Ait Oud.

Les fragments végétaux, les fibres sur les vêtements, les cheveux, les résultats du polygraphe... En une heure Roger Cleeren, Pierre Hanson et Jean-Michel Douven ont chacun apporté des éléments de conclusion de leur enquête qui désignent toujours un peu plus Ait Oud comme le principal suspect dans la mort de Nathalie Mahy et Stacy Lemmens.

Les traces des feuilles, des fleurs d'abord. Dans le jeans qu'Ait Oud portait la nuit de la disparition des fillettes, on a retrouvé beaucoup de déchets végétaux. Explication d'Ait Oud? "J'ai beaucoup uriné cette nuit là car j'avais beaucoup bu et j'aime faire ça dans les bosquets. Là j'arrache les feuilles et les mets dans mes poches", nous rapporte Roger Cleeren.

Les fleurs du mal

Mais voilà, sur les sept jeans d'Ait Oud retrouvés dans son appartement, aucun autre pantalon n'est rempli de feuilles ou de fleurs.

Plus inquiétant encore, des fleurs similaires se retrouvent dans l'évier du studio d'Ait Oud, dans ses poches et sur les vêtements des fillettes. Des fleurs qu'on trouve sur le site du chemin de fer, où a été retrouvé le corps des petites et pas aux endroits où Ait Oud dit avait été uriné ou dans le jardin que l'accusé affirme avoir traversé pour rejoindre le studio de sa petite amie Christelle Bertho.

Des cheveux arrachés

A l'intérieur du pantalon d'Abdallah Ait Oud, la police scientifique a retrouvé trois cheveux. Des cheveux appartenant à Stacy Lemmens. Ces cheveux ont été arrachés, selon les experts.

Autre élément avancé par les enquêteurs, les fibres de vêtements qui posent question. On a retrouvé des fibres des vêtements de Nathalie et de Stacy sur les vêtements d'Ait Oud... Tout comme des fibres des vêtements d'Ait Oud ont été repérées sur les vêtements des fillettes.

L'explication de l'accusé? "Dans un premier temps, il n'a pas d'explication, explique Roger Cleeren, puis le 22 août (deux mois après son arrestation) il dit qu'il est possible qu'il ait parfois aidé des enfants à monter sur le podium de la braderie".

Une vidéo est alors diffusée dans la cour d'assises. Une vidéo qui montre le podium de la braderie et où on voit que les enfants sont pour la plupart capables de monter et de descendre eux-mêmes du podium.

"Résultat? Mensonger"

Enfin, Roger Cleeren est revenu sur le résultat de l'examen du polygraphe (détecteur de mensonges). Un examen demandé par l'ancien conseil d'Ait Oud, maître Mayence. Et là, la machine accable aussi Ait Oud. A plusieurs reprises, Ait Oud répond "non" aux questions posées. Et le résultat du polygraphe tombe: "mensonger".

Les éléments contre Ait Oud s'accumulent... Mais, lui, dans son box ne bronche pas. Restera-t-il sur sa position?

Olivier Deheneffe

"On cherchait des petites filles vivantes"

Aitoudcour22705_belgaL'audience de ce matin a permis aux enquêteurs de rappeler qu'ils n'avaient négligé aucune piste, et ce dans l'espoir de retrouver les petites Stacy et Nathalie vivantes.

On dit qu'en matière d'enlèvement d'enfant, chaque minute compte. A Liège, dans la nuit et les jours qui suivirent la disparition, les enquêteurs comme la juge d'instruction sont persuadés d'une chose: ils ont bien fait leur boulot.

Dès l'appel de Catherine Dizier au 101 dans la nuit du 9 au 10 juin 2006, à 3h13 minutes et 22 secondes, les choses ont été prises avec sérieux.

Roger Cleeren l'a répété ce matin. "Toutes les pistes qui nous ont été données ont fait l'objet de vérification". Des pistes liégeoises et belges bien sûr mais aussi françaises, allemandes, espagnoles... Tout a été vérifié par les enquêteurs belges ou étrangers.

Fouilles, renforts, enquête de voisinage, photographie aérienne... "On a utilisé les gros moyens", se souvient Roger Cleeren, commissaire à la police judiciaire fédérale. "Des gros moyens parce qu'à chaque moment on a espéré retrouver les petites filles vivantes".

Témoin capital

Mais finalement, la seule piste sérieuse leur apparaît au moment où Christelle Bertho, la petite amie d'Ait Oud et son patron au café "les Armuriers" annoncent aux inspecteurs de la police locale la disparition d'Abdallah Ait Oud. Les enquêteurs liégeois regardent alors s'ils ont des traces dans leurs archives de cet Ait Oud. Ils voient qu'il a déjà été impliqué dans une affaire de moeurs sur mineur... "Ait Oud devient le témoin capital dans la disparition de Stacy Lemmens et Nathalie Mahy", lâche Roger Cleeren.

Trois mètres à sa gauche, Ait Oud ne bronche pas.

Olivier Deheneffe

Visite du studio d'Ait Oud

Aitoudcour2705_belgaLes enquêteurs Cleeren et Hanson ont raconté les premiers jours de l'enquête. Parmi leurs premiers devoirs, la visite du domicile d'Abdallah Ait Oud. L'enquêteur nous guide, photos à l'appui.

Au 231, rue Saint-Léonard, un night-shop. Le studio d'Ait Oud est situé juste au-dessus, au premier étage. Une rampe d'escalier plus loin et nous voilà face à la porte d'entrée de l'accusé. On entre et là, surprenant, la salle de bain. "Le studio de monsieur Ait Oud est ainsi conçu qu'on y pénètre par la salle de bain avec le WC, l'évier et la douche", expose Pierre Hanson, inspecteur principal.

La photographie suivante nous emmène dans la salle principale du studio. "On ne sait dire si c'est une chambre ou une salle de séjour", lâche encore l'enquêteur. On note en tout cas un désordre invraisemblable dans cette pièce uniquement meublée de cartons où sont entassés les vêtements d'Abdallah. Au pied du lit, des paires de bottes féminines. Celles de la petite amie d'Ait Oud, Christelle Berthod.

Pierre Hanson poursuit son diaporama et nous montre alors la cuisine. Le même désordre y règne. Un élément intéressant, et marqué d'une flèche jaune dans l'exposé de Pierre Hanson, le jeans que portait l'accusé la nuit des faits. Un jeans qui trempe dans l'évier rempli d'eau. Le t-shirt est lui, invisible dans un premier temps, caché entre le mur et un meuble. Le t-shirt est sur un cintre, accroché à une table de repassage.

Olivier Deheneffe

Le président Goux est à l'heure

Goux2705_reutersC'est à 9H15 précise que le président de la cour d'assises a ouvert les débats. Ait Oud est bien présent. Les parties civiles sont, elles aussi, au grand complet.

"La Cour"... Dans le brouhaha habituel des tribunaux, la bonne centaine de présents se lève dans la salle d'audience du procès Ait Oud. Petit coup d'oeil à l'horloge, il est 9h15. Le président est ponctuel.

L'accusé entre. Comme hier, Ait Oud est propre sur lui. Chemise blanche, jeans et crâne bien rasé.

Sur les bancs des parties civiles, il manque encore Catherine Dizier tandis que Christelle Graziero, Thierry Lemmens, Didier Mahy ont pris place. Enfin, Catherine Dizier arrive alors que le président procède à la "présence" des témoins du jour. La maman de Nathalie traverse la salle. Elle semble plus détendue qu'hier. Dans sa main, elle sert un petit classeur où a été collée la photo de sa fille disparue.

Au programme? L'enquête

Comme lundi, la deuxième journée du procès permettra à tous de revivre l'enquête à travers les témoignages des enquêteurs ayant oeuvré durant le mois de juin 2006.

On attend successivement:

Roger Cleeren, de la police judiciaire fédérale,
Pierre Hanson, inspecteur principal à Liège,
Salvatore Stivala, de la Brigade judiciaire,
Sandrine Swaelens, de la police locale de Liège,
Christine Marneffe, inspecteur principale à la police judiciaire fédérale
Jean-Michel Douven, commissaire,
Et Alain Remue, le commissaire de la police fédérale à la cellule nationale des personnes disparues.

Un programme chargé qui vient de débuter avec Roger Cleeren de la police judiciaire fédérale, accompagné de Pierre Hanson, inspecteur principal à Liège.

Olivier Deheneffe

Les médias aux portes du Palais de Justice

Ce deuxième jour de cour d'assises ne débute qu'à 9h mais dans la cour du Palais de Justice liégeois, les médias sont aux aguets depuis 8h au moins.

Petit à petit, les parties civiles accompagnées de leurs conseils font leur entrée. On a ainsi vu Didier Mahy, le papa de Nathalie, arriver. Visiblement, la nuit lui a fait du bien. L'homme est plus détendu qu'hier fin d'après-midi. Quelques caméras se ruent vers lui. Il reste calme, serein comme il l'a dit hier, et le voilà qui monte les marches menant à la cour d'assises ou plutôt à la pièce où les familles peuvent se ménager quelques moments de calme.

Devant l'aile opposée du Palais, d'autres caméras attendent l'arrivée d'Abdallah Ait Oud.

Ouverture des débats dans quelques minutes avec le témoignage du commissaire Roger Cleeren, de la police fédérale.

Olivier Deheneffe

26 mai 2008

Ait Oud: "L'auteur est un vrai monstre"

Moureau_belga Abdallah Ait Oud a été mis sur le gril pendant quelques minutes en fin de journée par les avocats des parties civiles. Il est resté fidèle... à sa version, ses mensonges selon certains.

"Abdallah Ait Oud puisque vous dites que ce n'est pas vous l'auteur et le responsable de la mort atroce de Stacy Lemmens et Nathalie Mahy, pouvez-vous nous dire ce que vous pensez des faits? Avez-vous des soupçons sur quelqu'un?", lance l'un des avocats des parties civiles en fin d'audience.

Le président Goux invite alors Ait Oud à se lever. L'accusé se dresse à hauteur du micro et répond "Mais comment voulez-vous que j'aie des soupçons?"

"D'accord, lui rétorque l'avocat, mais alors dites-nous ce que vous pensez de l'auteur de ces actes"... Et l'auteur présumé de répondre: "C'est un vrai monstre".

Dans la salle, Christelle Graziero, la maman de Stacy, éclate en sanglots.

Un seul auteur

Ensuite, la juge d'instruction termine son témoignage, le dernier de la journée, en rappelant une dernière fois: "Je crois que nous avons fait le maximum. Tous les éléments convergent vers vous. Nous avons fait 52 perquisitions, interrogé 42 personnes, suivi toutes les pistes possibles et à aucun moment nous n'avons pu établir la présence d'une seconde personne. De plus, chaque petite fille a été marquée à un bras différent... Ce qui laisse à penser qu'une personne pouvait suffire pour commettre l'enlèvement des deux filles".

Demain, l'audience reprendra à 9h. Des enquêteurs viendront compléter les témoignages du jour ainsi qu'Alain Remue, le commissaire de la police fédérale à la cellule nationale des personnes disparues. C'est ce dernier qui avait dirigé toutes les opérations sur le terrain durant le funeste mois de juin 2006.

Olivier Deheneffe