Le docteur Michel Schaar, à l'interruption d'audience : "Je suis droit dans mes bottes. Mais je suis satisfait que ceux qui m'ont sali soient aujourd'hui le nez dans le caca."
Me Xavier Magnée, un des deux avocats de Geneviève Lhermitte, après avoir quelques mots avec sa cliente, a déclaré que Geneviève Lhermitte était satisfaite du verdict de culpabilité. " C'est la réponse qu'elle attendait à toutes ses questions. C'est une manière pour elle d'expier ses fautes, de pouvoir entamer son chemin de croix. Et elle n'en veut pas au jury, dit-il. Le suicide? Je pense que le fait qu'elle soit reconnue coupable la prémunira de ce genre d'initiative, bien plus que si elle avait été reconnue non coupable."
"C'est un acte fou, on se l'est tous dit", poursuit l'avocat général. "Mais n'oubliez pas: tuer est toujours un acte fou. Combien de dois voit-on des témoins défiler à une cour d'assises et dire de l'accusé "qu'il n'aurait jamais cru ça de lui. Un proverbe juif dit: il est plus facile de connaître de 10 pays qu'un seul homme."
Forcémment, le jury et l'assemblée n'échappe pas à un cours sommaire (même long) de droit relatif aux procédures de la cour d'assises. Et l'avocat général d'évoquer les deux débats qui attendent le jury: un premier, sans juges, sur la culpabilité de l'accusée. Et le second, avec les juges, quant à une éventuelle sanction. "Ne vous laissez pas dominer par des sentiments et des préjugés, précise l'avocat général. On ne juge pas en vertu de la sympathie ou de l'antpathie que l'on éprouve vis-à-vis d'un accusé. Il faut de la sérénité et de l'objectivité. Vous devez vous forger une intime conviction sur base d'éléments de objectifs."
Les éléments constitutifs d'un meutre: l'arme, destinée à tuer. Mais également l'intention de tuer, même quelques secondes avant les faits ou au moment de l'acte, soit un acte plus impulsif, non préparé. Ici, il y a en sus la préméditation... Qu'est ce c'est? La doctrine dit: le fait d'avoir eu l'intention avant de commettre l'acte, il y a ici une résolution réfléchie. Ce qui ne nécessite pas une préparation ultime, dans les détails les plus fins.
"La lecture de mon acte d'accusation est très explicite sur le sujet. Il y a eu le poids des mots, puis le choc des photos. Je veux être sobre, mais ne les oubliez pas durant votre délibération..."
"Pour moi, ca ne fait pas de doute, Geneviève Lhermitte, elle est coupable. L'homicide, l'intention de tuer, la détermination de Geneviève Lhermitte pour parvenir à ses fins. La préméditation ne fait pas de doute non plus. Quelques éléménts. La question est prise, au plus tard, à 13 heures, quand elle écrit à son amie Valérie Guirsch, puis elle va chercher les couteaux... Le projet criminel est bien là. On peut ajouter: la coupure des téléphones, la préparation de la plaque de marbre.Geneviève Lhermitte est coupable d'assassinat...
"Encore faut-il qu'elle soit responsable... Toute personne adulte normalement constituée est douée du discernement, soit la conscience du bien et du mal, et assumer les conséquences de ses actes..."
"L'état de démence : il arrive qu'une personne qui commette un fait soit démente, en état grave de déséquilibre mental ou de débilité la rendant incapable du contrôle de ses actions. L'article 71 dit, entre autres, qu'il n'y a pas d'infraction quand l'auteur des faits était dans un tel état au moment des faits. Disons le: Geneviève Lhermitte n'est pas démente. Etat grave de déséquilibre mental? Dans le cas d'espèce, la discussion est ouverte, il y a débat. Débilité? Avec un QI de 110, écartons cette piste."
Les cas de figure:
1.Si l'accusée était au moment des faits dans un des trois états et qu'elle encore aujourd'hui, l'accusée peut être intrenée si elle représente un danger pour la société. Ce n'est pas une snaction, mais une mesure.
2.Elle était irresponsable au moment des faits, mais pas aujourd'hui: elle doit être acquittée.
3. L'accusé est capable du contrôle des ses actes au moment des faits, mais actuellement irresponsable, il peut être interné .
Si la personne, comme c'est le cas de 95,5%, la personne n'était pas totalement irresponsable de ses actes et toujours aujourd'hui, elle doit être pénalement responsable...
Reste la notion de contrainte ou de force irrésistible qui conduit une personne à commettre, sans autre choix possible, un délit. Mais qui doit répondre à une série de critère bien déterminés...
Et Me Motte de Raedt de poursuivre: "Moqadem ignorait le parcours intérieur de son épouse. Peut-être même l'ignorait-elle elle même. Moqadem était un père aimant et un mari protecteur, il était à des années-lumière de ce qui allait se produire. Les critiques dont il a fait l'objet, de manière très variable, ont été crescendo, Geneviève Lhermitte évoquant ici au procès des viols, des coups, démenti par son mari qui a exposé à la cour que la seule violence qu'il ait connu, c'était la mort de ses 5 enfants."
"Pourquoi ces accusations? Un expert a dit: on ne peut plus aimer un père dont on a tué les enfants. Elle a menti et noirci l'autre... Ce que veut Geneviève Lhermitte? Trouver des réponses. Elle va gratter, compter, elle va aller jusqu'à faire l'autopsie des vacances en y comptabilisant les heures de présence du docteur Schaar... C'est désolant. Dans ses courriers, elle n'épargne pas son époux non plus, mais là aussi, la véracité des propos peuvent être mis en doute... On a tout dit: c'était le monstre, celui qui gardait et surveillait son épouse, qui l'empêchait de voir des amies, ses parents... Un enfer disait Geneviève Lhermitte. Alors que les témoins ont permis de bien recadrer les choses...
Moqadem, pourtant, a été à la prison, avec une seule question : pourquoi? Et il n'a pas su. Souvenez vous des témoignages de ceux qui ont connu Bouchaïb Moqadem, ils sont tous unanimes: c'était un mari aimant, fier de sa femme, de ses enfants, un homme apprécié de tous. On lui a reproché de ne pas pouvoir parler de ses enfants, ici, devant la cour. Mais il avait devant lui, sous les yeux, les couteaux qu'a utilisé sa femme... "
"Schaar? Elle savait qu'il était là depuis le premier jour et faisait partie de la famille. Bouchaïb ignorait la haine de son épouse à l'égard du docteur."
"Enfin, comment une mère peut-elle penser qu'il n'y a pas d'avenir pour ses enfants, comme elle le prétend. Quelle aberration! Ils étaient jeunes et promettaient. Ce n'est pas ça l'amour maternel...Enfin, souvenez vous, aucun professeur n'a décelé un quelconque malaise dans la famille. Simplement, parce qu'il n'y avait pas de problèmes... Les enfants étaient plein de de vie, bien éduqués, charmants..."
Maître Magnée, à la sortie de la salle d'audience: " C'est la science qui a finalement apporté une réponse a une question folle: comment une mère de famille, après 17 ans de mariage, peut elle tuer ses enfants?" La réponse est donc venue de la science: l'accusée n'était pas responsable de ses actes. Voilà la réponse que tout le monde attendait. L'internement? C'est ce que je plaiderai. Et je peux vous dire que ma cliente s'y résigne, qu'elle accepte ce choix. C'est un choix qui peut satisfaire la société."
Le docteur Schaar avait bien une question à poser aux trois psychiatres: savoir si les mesures psychiatriques dont aurait dû bénéficier Geneviève Lhermitte peu avant les faits devaient elle être proposées par le psychiatre traitant ou à la demande de l'accusée.
Mais le président ne posera pas la question... "Même dite sur un ton neutre, la question veut mettre en cause le psychiatre de l'accusée, dira-t-il. Hors, s'il devait y avoir un procès sur ce point là, ce n'est pas ici qu'il se fera. Donc, je ne poserai pas la question."
A quand remonterait la date de la dépression mélancolique de Geneviève Lhermitte? Difficile de répondre assurent les experts, qui soulignent le parcours psychologique difficile de Geneviève Lhermitte. "Mais il semble que l'échec d'une 6e maternité (le paradoxe d'une mère épuisée avec ses 5 enfants) ait joué un rôle important."
Le président, aux experts: "Dites, à la question sur son état psychologique actuel, vous me dites que Geneviève Lhermitte est dans un état grave de déséquilibre mental. Mais vous ne me dites pas si elle aujourd'hui responsable de ses actes.."
Les experts: " je ne suis pas certain du tout qu'elle puisse contrôler ses actes, notamment contre elle même."
Le président: "Aujourd'hui, imaginons qu'elle se retrouve dans une situation à risques, serait-elle capable de contrôler ses actes? Je pense par exemple à ses sentiments vis-à-vis de Schaar et de son mari, sentiments qui pourraient conduire à des débordements. "
Les experts : " Elle dit ne pas vouloir passer à l'acte. Mais il faudra laisser le temps au suivi psychothérapeutique. Mais elle ne se voit pas en dehors d'un suivi institutionnel. Quoiqu'il en soit, nous sommes en face de quelqu'un de fragile... Et son équilibre apparent n'est que factice. Elle nous a dit que sa vérité n'est pas celle qu'elle entend ici. Je pense que le risque est réel..."
L'audience a repris avec des explications du président de la cour d'assises à l'attention des jurés sur la notion de rapport d'expertise. "Il s'agit d'un avis, dit-il. Le juge peut se ranger à l'avis des experts, mais peut très bien ne pas le suivre. Vous avez donc toujours un pouvoir d'appréciation."
Et le président donne la parole au collège d'experts.