Une mélopée descend des limbes de métal qui étendent leurs feuilles de boules à facettes au-dessus du dancefloor. C’est le pleur des machines. Au-dessus du pas lourd et régulier du beat. Les bras se lèvent, les cris redoublent. 2.000 danseurs exultent, se ruent vers les troncs de baffles et leurs ramages stroboscopiques, hypnotisés par la mélopée artificielle qui les attire à elle. Paul Kalkbrenner, passeur de la techno allemande, étend son pouvoir dans la nature métallique du Hall des Foires de Liège. La clairière de tôle et de béton de l’Aquarium, la plus petite scène des Ardentes, succombe à l’appel de Berlin dans un magma de lumière, de fumée et de sueur. (Photo EdA J. Heymans)
Depuis 6 mois, Paul Kalkbrenner est sans doute l’homme qui a le plus œuvré pour l’image de la musique techno, au sens le plus strict, auprès du grand public. Son tube «Sky and Sand» (notre vidéo) mélange l’esprit de la techno minimale la plus stricte avec la chaleur de la house et les mélodies de la pop. Ce qui lui vaut de passer régulièrement en radio aux heures de grande écoute. Jusque sur La Première! Kalkbrenner est surtout le compositeur attitré de la BO du film «Berlin Calling», film dont il tient le premier rôle, celui d’un DJ aux abois. Et qu’un auditoire de mélomanes autant que de cinéphiles impatients vient de voir au Brussels Film Festival de Flagey.
C’est cet époustouflant album «Berlin Calling», sorti sur l’orthodoxe label allemand de la djette Ellen Allien, que Paul Kalkbrenner défend avec ferveur devant le public liégeois. Et son live répond aux énormes attentes d’une foule aussi dense que celle qui remplissait Flagey une semaine plus tôt.
Coincé entre deux tours de baffles, nimbé d’un rouge orangé rappelant une scène du film, l’Allemand défend une techno ronde, douce, sucrée et atmosphérique. Ses mélodies mélancoliques envoient au paradis un Aquarium peuplé comme une canette de sardines. Tel Neptune et ses foudres, Kalkbrenner ouvre avec «Azure». Puis propulse son fameux «Sky And Sand» presque à l’entame de son set, en troisième morceau. Le public plie devant le natif de Leipzig, dont le crâne rasé, les épaules nerveuses et les bras gigotant rappellent un autre crâne blanc de la techno, Richie Hawtin. Auquel il rend un hommage inconscient sur le martial «Square1», bourdonnant de rythme sourd.
L’heure allouée au Berlinois est trop courte. Sa musique est l’appel d’air qui envoie l’electro criarde, stridente et estampillée française aux orties. Même si les aisselles qui s’ouvrent et se ferment partout dans le Hall des Foires commencent à faire regretter les fumets aigrelets et gras de l’allée des saveurs. Après un «Gebrünn Gebrünn» interminable et magique, celui qui incarne DJ Ickarus brûle ses ailes sur un dernier titre, éclairé d’une voix éthérée susurrant en allemand. Jamais la langue de Goethe n’aura autant parlé à un dancefloor liégeois.
Julien RENSONNET
+ La chronique du disque "Berlin Calling" sur Showcase
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