Il est 21 h, le public se presse devant la grande scène des Ardentes. Pourtant, cette dernière reste désespérément vide. Les minutes, s'écoulent. Une par une puis par dizaine. Les sifflets montent de la plaine. Derrière la scène, c'est l'effervescence. Method Man & Red Man, les deux illustres rappeurs américains qui remplacent Lil Wayne ne sont toujours pas là. C'est finalement avec une heure de retard que le concert débute. Tant pis pour les autres groupes, il faut tout décaler !
Pas de quoi entamer la bonne humeur de Beth, la chanteuse de Gossip. Amenée dans la Chevrolet de Bouli Lanners, elle lie connaissance. «Tu t'appelles Bouli? Mon ami Bouli!» glisse-t-elle en français. Attendu comme le feu d'artifice du vendredi, Gossip n'a pas déçu. Les titres comme «Standing in the Way of Control», «2020» ou le récent single «Heavy Cross» font sauter les Ardentes. Le DJ français Étienne de Crecy a pu surfer sur la vague. Mais on retiendra surtout son visuel: un immense cube au milieu de la scène sur lequel sont projetées des images qui donnent des effets en 3D.
Yoav le chouchou
Samedi, Triggerfinger a allumé la plaine. Le trio flamand a délivré un rock puissant et décoiffant. Mais pour ce jour-là, le chouchou s'appelle Yoav. En 2008, il avait cartonné sur la scène intérieure. Cette fois, c'est face à la plaine qu'il s'est présenté, avec sa seule guitare et ses effets. Mission séduction accomplie.
NTM sans Joe avait rendez-vous vers 23 h 45. Les fans partaient avec une petite appréhension mais elle a vite été levée. Comme depuis le début du festival, le rap et le hip-hop ont mis l'ambiance. En final, Magnus, fidèle à lui-même, invite les festivaliers sur scène: des centaines de personnes sautent et dansent à côté des platines.
Dimanche, Lio a beau sortir ses vieux tubes, elle fait peine à voir. Julien Doré, lui, a choisi. Il est au premier rang pour Coeur de Pirate. Il se chuchote d'ailleurs qu'elle viendra le rejoindre sur scène pour son concert prévu vers 21 h. Ce qu'elle fait d'ailleurs devant un HF6 séduit autant par les boucles cahtain du nouveau chouchou des mamans que par les tatoos bleus de la Québécoise.
Sharko toujours authentique
Pour enchaîner ce dimanche, les surpuissant Subways roulent des mécaniques dans le Parc avant de laisser la place à Cold War Kids, froids, comme prévu, mais terriblement maîtrisés. Ceux qui ont choisi de se reposer pour éponger la sueur de l'émouvant et authentique David Bartholomé et Sharko ont sans doute eu raison.
Autre retour, très attendu, celui d'Ozark Henry. Piet Goddard est sans doute le musicien belge qui parvient le mieux a instaurer un climat, une atmosphère, dans les salles où il se pose. Revenu d'un long exil, le grand mêchu blond, tout de noir vêtu, plonge à nouveau son public dans la douce torpeur de son post-rock à piano absolument fabuleux. On doit malheureusement le quitter pour ne louper aucune minute des grands frimeurs de Ghinzu.
Ghinzu se la pète
Les gars de John Stargasm (photo EdA J. Heymans) déboulent avec classe et arrogance pour un show un peu court, même si les 20 premières minutes font décoller le Parc Astrid, gonflées de titres explosifs de "Mirror Mirror" dont un excellent "Take it Easy" bondissant dans la veine des Strokes ou des Rakes qui ont déçu vendredi sur la même scène. Planqué derrière ses lunettes noires, on sent ensuite le Stargasm jouant de sa classe de star du rock. Il a raison, c'est le jeu. Mais le public belge n'aime pas la frime et ne pardonne aucune star attitude. "On a joué beaucoup de dateuh ces derniers temps. Et ici, c'est chez nous! Donc c'est très important pour Ghinzu". Et d'enchaîner: "On vous aaaiiime". Le public raille un peu. Faut dire: celle-là, Julien Doré lui-même ne se l'est pas permise.
Heureusement, la qualité musicale du set reste impressionnante tout au long d'un show qui se termine abruptement, 10 minutes plus tôt que prévu. On regrette toutefois la débauche d'effet de guitares, de stridences parfois longues et inutiles, avec un dosage perfectible de l'importance de chaque élément du groupe. Ghinzu planque parfois ses mélodies terriblement accrocheuses derrière une débauche de sons qui s'étale sur Les Ardentes dans un magma sonore indistinct où plus aucun instrument n'est reconnaissable. Même sur l'éternel "Blow", une p... de bonne chanson quand même!
A. WER & J. R.

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