On arrive à pied sur un trottoir pas trop habitué aux piétons en Converse. Entre une ligne de tram, une deux fois deux bandes un peu paumée au sud de Bruxelles, un terrain vague servant de parking protégé par des barrières métalliques et un ou deux snacks-pitta en faillite. Ceux dont les vitres jaunies, entre deux tarifs illustrés de photos, laissent encore paraître un comptoir plus trop transparent et un ou deux drapeaux élimés de clubs de foot vaguement reconnaissables, à travers des rideaux à moitié tirés. Sharko présente son bestial 5e album ce lundi 20 avril. En exclu belge, et forcément mondiale. Le quartier s'en fout.
Il est 20h quand, dans l'indifférence des voitures qui freinent à peine pour franchir les casse-vitesse devant l'entrée des Indigo Studios, un vigile en costard, cheveux blonds coupé bol lustrés de gel, ouvre les porte de cet entrepôt reconverti en salle de concert. On connaît pas. Normal, c'est pas encore ouvert. C'est la première fois qu'on vient, mais l'espace frappe immédiatement. C'est nettement plus grand que l'Orangerie du Bota. C'est peut-être même plus grand que l'AB. Mais pas sûr. Le plafond est haut. Les murs de briques blancs renvoient les images qu'un projecteur lance en négatif vers eux. La pochette de Dance on the Beast, barré du logo actualisé du groupe, plaque ses majorettes aux quatre coins de la salle.
On a franchement le temps de se boire une chope. Une portugaise, servie en bouteille. Boire au goulot, c'est bien connu, n'est plus réservé aux troupes qui glandent à l'extérieur de la salle, dans l'indifférence complète de ce concert qui, à deux rues de chez eux, baptise la 5e vie de Sharko, l'un des groupes les plus excitants de la scène belge. L'un des meilleurs exportateurs du son rock-pop de chez nous aussi, avec Ghinzu ou dEUS. En France notamment. D'autant plus depuis que Julien Doré reprend l'excellent Excellent du trio de David Bartholomé sur les scènes parisiennes.
Excellent d'ailleurs, arrive tôt dans ce showcase privé, qui déclenche ses premiers riffs après 21h. Cool, Sharko n'est pas radin. Et balance ses anciennes perles: Motels ou Sweet Protection viendront enrichir un live qui, s'il doit encore être policé, rassure immédiatement sur l'état de forme du trio. Et sur l'ambition avouée des nouveau titres: faire danser la bestiale audience. Derrière nous, un grand gaillard au col de chemise immaculé sur son bronzage de sports d'hiver, beugle comme s'il avait trop bu, alors que Sharko lance ses premiers accords dans la bataille. Ce sont notamment le single Rise up, déjà dans les têtes avec son passage en radio, un explosif Cinema Tech et un nerveux Mouse/Animals/Facebook/Danger rageur, peut-être le moment le plus garage du set. Et notre titre préféré, s'il en faut un.
David salue ses amis et ses fans. "Ben. Merci d'être là, hein. On va jouer une autre chanson." Le leader de Sharko est émouvant, comme d'habitude. Et d'une sincérité sans borne. Presque trop gentil dans les cônes de lumière blanche qui l'enferment. La frime, c'est pas pour lui. Au clavier comme à la basse, le sourire jusqu'aux oreilles disparaît quand David se mue en robot saccadé, désarticulé. Faut bien donner corps à l'electro qui habille désormais la musique du groupe. Tandis que Teuk se concentre sur des accords parfois trop guimauve, trop U2 ou Guns'n'Roses - ça fait mal de l'écrire -, mais souvent parfaitement rock. Et que Charly se déchaîne sur ses caisses.
Autre constatation, Sharko n'hésite pas, déjà, à réinterpréter ses titres. Dance on the Beast rugit à peine dans les bacs que ses créateurs le dopent de beats quasi techno, l'allongent de tensions post-rock interminables ou le détournent, sur Yo Heart, vers un r'n'b' à peine voilé que George Michael, moustachu sous son képi de flic, aurait pu clipper dans des reflets de boule à facettes. Le public apprécie. Le trio se marre. Nous, on regrette l’absence du très kitsch Horses: on aurait voulu entendre ses claviers eighties en vrai. Et à moins que la mousse portugaise n’ait été plus forte qu’indiqué sur l’étiquette, on l’a pas entendu passer… Possible.
Comme nous le disait David il y a une semaine,
"la variété, c’est le pied! "
Comme pour le confirmer, après avoir quitté la scène un long moment, le temps
de troquer sa chemise noire pour une blanche - "z’avez vu ? J’ai changé d’chemise" - David empoigne son
ukulélé pour sa traditionnelle version cheap de Excellent. Pour clore un excellent showcase d’un excellent 5e
album. Qu’on ne fêtera pas en repassant dans un snack-pitta après avoir
traversé la deux fois deux bandes désormais déserte de voiture: y en a pas qui
affichent les drapeaux de Benfica pour assortir à not’ bière lusitanienne…
Julien RENSONNET
+ Interview de Sharko sur Showcase
+ Sharko, Dance on the Beast, 62TV/Bang!
+ Sharko live @ Pacrock (2/5), Nuits du Bota (13/5), Aéronef Lille (18/6), Les Ardentes (12/7)
+ www.myspace.com/sharkobelgium
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